Bernard Tribondeau



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Ooohh mon labo ... (souvenirs d'un ex-rat de laboratoire)

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Par ces belles journées d'avant-été, plombées par une chaleur du même métal et des grèves intermittentes, je m'affairais méthodiquement au montage d'une vaste exposition prochaine. Et subséquemment, aux joies et aux peines de la mise en place de tirages géants. Passons sur les détails, les collages et décolérages d'affiches rétives à leur bon maintien sur les cimaises sensées les accueillir. Pour faire court, je fus contraint de faire de la retouche manuelle sur des images millésimées numérique. De la repique, comme on disait avant. Mais ça c'était avant. Me voici donc, lors d'un passage obligé à Paris, quêtant un flacon de « gris film » auprès de l'un de mes fournisseurs photographiques préférés. Miracle, cette excellente boutique en avait en stock au fond d'un tiroir oublié…
Cet événement majeur investissant mon existence a fait ressurgir brièvement des bouffées nostalgiques de mon passé de preneur d'images. Mon labo. J'avais presque oublié son existence, depuis que je l'avais offert il y a quelques années à des jeunes gens gourmands de surfaces sensibles. Et cela faisait déjà belle lurette que je l'avais mis à la retraite, semblant me souvenir que ma dernière séance sous ses lumières rouges datait de 2003…
Mon labo, c'était un vrai labo, pas un coin de salle de bains aménagé précairement pour l'occasion. Cet espace disponible et réservé, c'était même une des raisons pour laquelle nous avions choisi l'appartement parisien acquis dans les années 80.
Y trônèrent successivement un Durst B30 puis un Durst M370, avec leurs objectifs Rodenstock et Fuji. Avec le M370, on pouvait tirer des images allant du 24X36 au 6X7. De la balle, même si de temps en temps son transformateur faisait des siennes en grésillant méchamment.
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Bien que parfaitement isolé de la lumière, ce n'était curieusement que le soir, et jusque tard dans la nuit, que je fréquentais le lieu, vite empli de l'odeur tenace des chimies. Mes bidons abritaient le plus souvent des révélateurs et fixateurs Tetenal, tandis que les étagères accueillaient des boites d'Ilford Multigrade ou Galerie, de Tetenal et de Seagull exotique…
Au matin, j'aimais redécouvrir, l'oeil reposé, les tirages prenant leur bain de lavage dans leur cuvette rouge (la verte, c'était pour le révélateur, la jaune pour le fixateur, ne me demandez pas pourquoi !)
Il ne restait plus, une fois séchés, qu'à repiquer patiemment ces tirages, au gris film justement… Et là, il y avait du boulot, parce que les pétouilles, du temps de l'argentique, c'était légion. J'essayais de m'y appliquer, depuis que, lors d'un workshop avec Pascal Dolemieux, de l'agence Métis, ce dernier m'avait demandé si j'avais tiré chez le coiffeur les images que je lui montrais ;-))
Voilà. Une bouffée de souvenirs. Un reste d'odeur acre et tenace sur les mains. Un bain de lumière rouge, et le léger cliquetis du timer qui dictait les temps de pose. Ca tient à peu de choses, la nostalgie, finalement.
PS : Je n'ai hélas pas gardé de photo de mon laboratoire à ses heures de gloire. Il ne reste que ces clichés, alors qu'il servait davantage de placard et de remise à pinard… Drôle de fin !
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