Bernard Tribondeau



Dernières nouvelles du monde

Où il est question de taille, de frustration et d'obsolescence…

tumblr_inline_mm4d4odJn01qz4rgp
Trois heures à tuer dans un TGV, dont je connais la ligne par cœur… Alors, c'est décidé, je vais l'écrire, ce sujet oh combien fondamental qui me trotte en tête insidieusement depuis des lustres, et tenter de donner ma réponse à cette question fondatrice : FAUT-IL VRAIMENT AVOIR LA PLUS GROSSE ?
Attention, lectrice ou lecteur à l'esprit mal embouché, je ne vais pas parler ici de ce que vous croyez, mais de gros zoom, d'ouvertures, de gigabits, brefs de cochonneries techno-photographiques à ne pas laisser entre toutes les mains baladeuses.

Ceci posé, revenons à ce questionnement métaphysique : aujourd'hui, est-il vraiment nécessaire de vouloir à tout prix avoir la plus grosse babasse survitaminée aux pixels qui va bouleverser les jolies demoiselles qui servent de modèle à tout bon photographe ? (à cette occasion, il est triste de noter qu'il y a belle lurette que les jeunes – et moins jeunes – femmes ne sont plus bouleversifiées par ce beau métier, et c'est bien dommage …)
tumblr_inline_mm4eyu0i8M1qz4rgp

Il n'y a pas si longtemps que çà, disons à la fin du siècle dernier, les appareils photo étaient arrivés à un stade de sophistication très respectable, et les progrès se faisaient lentement mais sûrement sur les pellicules : moins de grain, plus sensibles, meilleure colorimétrie … tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes, et on pouvait raisonnablement garder son matériel photo pendant une petite dizaine d'années sans passer pour le dernier des tocards.

Puis vint le numérique. Je ne vais pas refaire l'histoire, d'autant plus que je suis fan de cette technologie : je me suis acheté mon premier boitier à pixels en 1997, et je suis passé au « tout numérique » en 2004 … Mais ces nouveaux jouets m'ont coûté un bras. Il était de coutume de dire, au début des années 2000, que la durée de vie d'un appareil numérique était de deux ans environ, après quoi il était totalement supplanté par les nouveaux venus. Pas faux, puisque l'on partait de peu (de pixels, de traitement du bruit, de sensibilité, de capacité mémoire, etc.) Donc, en bon bourrin, j'ai enchainé nouveau matos sur nouveau matos, revendant tant bien que mal les anciens pour financer leurs successeurs. Si çà ne s'appelle pas faire marcher l'économie …

Enfin, il y a 5 ans, est arrivé chez l'un de mes « équipementiers » favoris, Nikon pour ne pas le citer, le formidable D700. Pourquoi formidable ? Parce qu'avec ses 12 millions de pixels on fait sans souci une double page magazine, une affichette, des tirages d'expo 60 X 80, et j'en passe…, parce que possédant un capteur « plein format » il permet de retrouver la profondeur de champ des optiques ex-24X36, parce que ce même capteur est tip-top en sensibilité ( exploitable jusqu'à 6400 iso quasiment sans broncher, il est loin le temps où les pelloches les plus rapides plafonnaient en purée de points à 1600 iso ), parce que le boitier est super bien construit et résiste presque à tout, bref, le D700, c'est de la balle !!! D'ailleurs, étant un garçon prudent par nature, j'en possède deux, des D700, parce qu'on ne sait jamais ce qui peut arriver… Cette joyeuse paire est complétée d'un D300s, la même bestiole ultra-rapide au format APS-C, ce qui permet quand il le faut d'augmenter mes focales sans trop m'encombrer … Donc, depuis quelques années, 98 % de mes commandes professionnelles* sont réalisés avec cette triplette, et roule ma poule …
tumblr_inline_mm4ecbj8XY1qz4rgp
Seulement voilà, l'histoire serait trop belle pour continuer ainsi : les petits malins de chez Nikon ont décidé que tout çà, ça commençait à dater. Et on décidé de revoir toute leur gamme « pro » … Pour remplacer le D700, voilà t'y pas que l'an dernier (avec un retard dû au tsunami de 2011 qui avait ravagé les usines), ils sortent le D800, gavé aux 36 millions de pixels… Mais bon sang de bon sang, qu'est ce que je vais bien faire de cette orgie de bits, de cette débauche d'octets qui va se répandre dans mes ordis et mes disques durs, qui vu mon âge va m'obliger à me shooter au tranxène pour éviter de trembler (la définition du capteur est telle qu'elle ne pardonne ni les optiques médiocres, ni les flous de bougé…) ? Il paraît que le bestiau permet de faire des agrandissements géants, ce dont je ne doute pas. Mais a-t-on besoin tous les jours de tirages d'expo de 1,50 mètres de large ? Vanité et vacuité de la mode des agrandissements géants … Autre argument : le surplus de pixels permet de recadrer à loisir, pour enlever ce qui gêne ou ne plait pas … Alors là, je m'insurge , quitte à paraître définitivement ringard : la photo, c'est d'abord du cadrage et de la lumière, et si on n'est pas capable de cadrer, autant passer à autre chose ! (je sais, c'est un peu radical, mais pour ma part, les seuls recadrages que je m'autorise, c'est pour « faker » le format carré. Donc, circulez, il n'y a rien à voir!) Il paraît aussi que le D800 excelle en video. Personnellement, je fais peu de video, et quand j'en fais, c'est soit avec une CAMERA conçue pour, soit avec un petit compact, histoire de faire un clip souvenir sans me prendre la tête. D'ailleurs, avez-vous déjà vu l'équipement un minimum sérieux nécessaire pour faire correctement du cinoche avec un reflex numérique ? Vous ressemblez très vite à çà …
tumblr_inline_mm4dh8pN5W1qz4rgp

Donc, raisonnablement, exit pour moi le D800 … Autre option : le D4, 16 millions de pixels (çà, c'est bien, vous voyez quand on veut, on peut…), ultra-sensible, avec lui on peut photographier dans le cul d'une vache lors d'une nuit sans lune, on y verra comme en plein jour (à quoi ça sert, ne me demandez pas !), super bien construit, bref, presque que du bonheur, sauf … sauf son prix, plus de 5000 euros le bout ! A l'heure ou les photographes ont de plus en plus de mal à vivre, tout ce qu'on trouvé les marques, c'est de fabriquer des appareils pour les pros à des tarifs pour les exilés fiscaux !!!

Re-donc, re-exit aussi le D4. Mais que reste-t-il à de amours ? Ah, si, si, le tout nouveau D600 : 24 millions de pixels (c'est déjà beaucoup, mais bon…), plein format, pas (trop) cher, moins de 2000 euros, le Graal enfin ??? Ben non, mon colon : trop petit, construction trop légère (un boitier pro, c'est un outil, ça doit tenir les chocs, même si on est précautionneux), pas de prise flash, et puis, un problème sur le capteur, pas encore résolu à l'heure actuelle, qui se « salit » tout seul comme un grand ( moi, en 5 ans d'utilisation intensive de mes D700, je n'ai JAMAIS eu à nettoyer le capteur avec mes petites mains )…

Re-re-donc, me voilà fort marri … Et la question qui tue : mais pourquoi les ingénieurs et marketeurs de chez Nikon (et c'est vrai également pour les autres grandes marques) ne conçoivent-ils pas un boîtier utile, solide, abordable pour les professionnels ? En oubliant les gadgets comme la video (l'arnaque du siècle pour les photographes, à qui l'on fait croire qu'ils vont soit pouvoir gagner de l'argent avec çà, soit que le taf ne leur échappera pas parce que les commanditaires demandent de plus en plus de polyvalence pour pas un rond …), en oubliant les pixels en surnombre, les programmes inutiles, etc. Croyez-moi, ils en seraient remerciés, et je dépenserais bien alors quelques deniers pour renouveler mes bestioles… En attendant ce miracle, je crois bien que l'on va faire encore un bon petit bout de chemin ensemble, mes D700/ D300 et moi … au grand bonheur de mon porte-monnaie ! Comme quoi, en photo, ne pas vouloir avoir à tout prix la plus grosse, ça a du bon pour la bourse !


* Tous ces propos ne s'appliquent qu'à mes travaux professionnels de commande, pour lesquels j'utilise exclusivement des reflex. Question de polyvalence, de solidité, de praticité. Pour mes images persos, c'est une autre histoire, avec d'autres marques… Et ce point de vue, qui n'engage que moi, ne doit pas occulter le fait que ces boitiers sont des petits bijoux de technologie, que d'autres que moi pourront très bien trouver à leur goût …

February 2015
November 2014
September 2014
July 2014
January 2014
October 2013
September 2013
June 2013
May 2013
October 2011
© 2020 Bernard Tribondeau Contact